L’obligation d’État à 30 ans atteint 5,82 % ! Le coût d’emprunt du Royaume-Uni grimpe à son plus haut niveau depuis 1998, augmentant la pression sur le budget public
Le coût d’emprunt à long terme du Royaume-Uni s’est élevé à son plus haut niveau depuis près de trente ans, la vague de vente mondiale des obligations exerçant une pression directe sur les finances publiques britanniques.
Mardi, l’Agence britannique de gestion de la dette (DMO) a réalisé une émission d’obligations d’État sur 30 ans d’une valeur de 4 milliards de livres sterling, avec un rendement de 5,82 %, soit le taux le plus élevé jamais enregistré depuis la création de la DMO en 1998. Ce chiffre marque non seulement un sommet de trente ans pour le coût d’emprunt à long terme du Royaume-Uni, mais il restreint également davantage la prochaine loi de finances.
Le gestionnaire de fonds Gordon Shannon a indiqué que la montée des rendements des obligations d’État britanniques est directement liée à l’évolution des marchés mondiaux, mais que « la forte hausse des coûts d’emprunt intérieurs comprimera sans aucun doute la marge de manœuvre du gouvernement lors du projet de budget du mois prochain ».
Dans le même temps, le rendement des obligations d’État britanniques à 10 ans a atteint 5,2 %, le plus élevé des pays du G7. Le chancelier de l’Échiquier John Healey a admis lundi lors d’un discours que le service annuel de la dette britannique s’élève désormais à 110 milliards de livres sterling, dépassant toutes les autres principales rubriques de dépenses publiques à l’exception de la santé, et il a promis d’"affronter honnêtement" la nécessité de maîtriser les dépenses dans le cadre du budget.
Une émission très demandée, des rendements élevés attirent les investisseurs
Malgré un environnement de marché instable, cette émission obligataire a suscité une forte demande de la part des investisseurs. Selon les premières informations envoyées aux investisseurs, les commandes se sont élevées à plus de 85 milliards de livres sterling, soit un multiple largement supérieur au montant émis.
Stephen Jones, Directeur des investissements chez Aegon Asset Management, a déclaré : « Pour certains, c’est douloureux, pour d’autres, c’est une opportunité. Les investisseurs estiment que les rendements actuels des obligations d’État britanniques sont suffisamment attractifs pour justifier d’en augmenter leur exposition. »
La Directrice générale de la DMO, Jessica Pulay, a également déclaré que la transaction s’était déroulée avec succès dans un marché volatil, « ce qui démontre une fois de plus la solidité et la profondeur persistantes du marché des gilt britanniques, ainsi que le soutien actif des acteurs de marché à notre programme de financement ».
La DMO prévoit d’émettre cette année un total de 250 milliards de livres sterling de gilt pour soutenir le programme de dépenses gouvernemental.
La vague mondiale de ventes d’obligations accentue les pressions
La flambée du coût d’emprunt du Royaume-Uni n’est pas un cas isolé, mais reflète la pression persistante qui pèse sur le marché mondial des obligations.
Le moteur principal de cette vague de ventes mondiales d’obligations réside dans la forte hausse des prix de l’énergie à la suite de la guerre en Iran—le prix du Brent approche à nouveau les 100 dollars le baril, ce qui a fortement mis à mal les anticipations de baisses de taux des principales banques centrales et a eu un impact prolongé sur les perspectives de croissance et d’inflation mondiales.
Les taux longs des principales économies européennes ont également atteint de nouveaux sommets mardi : le rendement des obligations d’État françaises sur 30 ans a atteint 5,02 %, un record depuis septembre 2008 ; le rendement des obligations d’État allemandes sur 30 ans est monté à 3,86 %, au plus haut depuis 2011.
Pour le Royaume-Uni, les prix du marché montrent que les opérateurs anticipent au moins une nouvelle hausse de taux de 25 points de base par la Banque d’Angleterre (BoE) cette année. Cette hausse ne devrait pas intervenir lors de la réunion de ce mois, mais les investisseurs s’attendent généralement à ce que la BoE ralentisse le rythme de la réduction de son portefeuille de gilt (resserrement quantitatif), car cette opération exerce une pression supplémentaire à la hausse sur les taux longs.
La pression des intérêts de la dette pousse à la consolidation budgétaire
Le coût élevé de l’emprunt met encore plus à l’épreuve les finances publiques britanniques. Le service annuel de la dette du Royaume-Uni, qui atteint 110 milliards de livres sterling, est déjà « le deuxième poste » du budget de l’État—le chancelier John Healey a illustré dans son discours lundi que si l’on considérait le service de la dette comme un département ministériel, sa taille ne serait dépassée que par le ministère de la Santé, dépassant la Défense, l’Intérieur et la Justice réunis.
Depuis la pandémie de Covid, les rendements à long terme britanniques connaissent une tendance haussière continue, la guerre en Iran ayant déclenché un choc sur les prix de l’énergie et ravivé les inquiétudes du marché quant à une offre de dette mondiale excédentaire, ce qui a accéléré cette tendance. La présente émission sur 30 ans à un taux de 5,82 % ancre ainsi ce sommet de trente ans au coût nominal des nouvelles obligations, ce qui alourdit d’autant le fardeau des finances publiques pour les décennies à venir.
Dans ce contexte, la prochaine loi de finances devrait avoir une marge de manœuvre réduite, et le dilemme entre extension des dépenses et consolidation budgétaire sera d’autant plus aigu pour le gouvernement.
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