Marvell : s'allier à Google en investissant pourrait-il déloger Broadcom ?
Marvell Technology annonce la première émission de bons de souscription à Google, entraînant une hausse immédiate de plus de 10 % du cours de Marvell, alors que dans le même temps, le cours de Broadcom a nettement chuté, reflétant les inquiétudes du marché quant à la possibilité que Marvell récupère des commandes de TPU auprès de Google.
Dans ce contexte, Dolphin vous propose d’analyser les deux dispositifs contractuels ainsi que leurs impacts :
I. Le schéma contractuel entre Marvell et Google
Voyons d’abord le détail de cette opération : l’accord commercial a été signé le 29 juillet 2026, la date d’émission des bons de souscription est le 18 août 2026,avec un prix d’exercice fixé à 206,58 dollars par action (le cours de clôture du 18/8 étant de 216 dollars, soit une décote d’environ 4 %).
Le nombre total de bons de souscription attribués s’élève à 58,97 millions d’actions, répartis en deux volets :
① Attributions au fil du temps (attribution gratuite) : 1,36 million d’actions. Environ 340 000 actions seront acquises respectivement aux 3e, 6e, 9e et 12e mois suivant l’émission. Cette partie est attribuée sans condition, à titre gratuit ;
② Attributions sur performance (déblocage conditionné à l’atteinte des objectifs) : 57,61 millions d’actions, divisées en 240 parts.À compter du 1er août 2026 (jusqu’au 29 janvier 2033), chaque palier de 500 millions de dollars de ventes éligibles réalisées permet de débloquer une part (240 000 actions).
Les ventes éligibles doivent correspondre à des produits développés spécifiquement, y compris ceux acquis par des tiers pour le compte de Google. Cela signifie queles produits standards que Marvell fournit à Google (DSP optique, modules DCI et contrôleurs SSD généralistes) ne sont pas pris en compte dans le chiffre d’affaires éligible, seuls comptent les puces personnalisées (ASIC) pour Google, dont les accélérateurs d’inférence IA, contrôleurs de stockage, contrôleurs d’interface réseau, contrôleurs d’interface mémoire et le calcul de proximité-mémoire.

À noter, le contrat prévoit aussi que :Google pourra choisir d’exercer en cash ou sans décaissement, et si le bon est dans la monnaie à l’échéance, il sera automatiquement exercé en net (sans cash). Si Google opte par la suite pour une exercice nette, Marvell ne percevra aucun cash, émettant simplement des actions au titre de la valeur intrinsèque.
II. L’impact du nouveau dispositif contractuel
Au vu des termes clés ci-dessus,Marvell apparaît comme la partie la plus “faible” dans ce contrat :①que les revenus suivent ou non, Marvell offre d’abord gracieusement 1,36 million de bons de souscription à titre de bonne foi ; ②Google n’a pas besoin de sortir de liquidités et peut opter pour un exercice net immédiat.
Compte tenu du fait que Marvell restreint “les revenus éligibles au secteur ASIC”, Dolphin estime que le but de Marvell avec cet accord est surtout de“déstabiliser” Broadcom et de capter le business ASIC personnalisé de Google.
Pour Google, tout d’abord, il y al’avantage de recevoir gratuitement des bons de souscription, autant les “mettre de côté” ; ensuite, Google collabore déjà avec Marvell sur des ASIC sur-mesure (Axion CPU) et prévoit d’autres produits MPU (Memory Processing Unit), tout en renforçant son pouvoir de négociation avec Broadcom.
Pour Marvell, il ne s’agit pas de la première opération de ce type :l’entreprise a déjà conclu de tels accords avec Amazon et Nvidia.

1) Amazon : deux accords sur les bons de souscription signés
Le premier signé le 2 décembre 2024, couvre les produits IA sur-mesure, DSP optique, AEC DSP, retimers PCIe, modules optiques DCI, silicium Ethernet, soit au total 4,18 millions d’actions.
Conditions d’attribution : 280 000 actions acquises dans le temps (gratuit), 2,7 millions liées aux revenus des produits IA customisés, 1,2 million indexées sur d’autres produits (y compris des produits standards),le calcul des revenus se clôturant au 5 janvier 2030 (soit 5 ans).
Le second signé le 2 décembre 2025, accompagne une acquisition, comme incitation client.Scellé le même jour que l’acquisition de Celestial AI (Amazon étant déjà son client clé),l’attribution étant liée aux achats de produits Photonic Fabric par Amazon, soit un total de 1,045 million d’actions.
2) Nvidia : actions privilégiées convertibles Série A
Accord signé le 31 mars 2026, lié au partenariat autour de NVLink Fusion : Marvell fournit des XPU personnalisés compatibles NVLink Fusion pour le réseau scale-up, Nvidia fournit Vera CPU, ConnectX NIC, BlueField DPU, NVLink, Spectrum-X switches et infrastructures rack, et une collaboration sur la photonique silicium est prévue.
Nvidia est le seul parmi les trois à avoir payé “cash” 2 milliards de dollars, en tant qu’actionnaire stratégique avec droit de vote, et peut choisir de convertir ses actions privilégiées en actions ordinaires.
Globalement, le partenariat Marvell-Google reprend le canevas du contrat Amazon, à une différence près : le volume :① Nombre d’actions qui passe de 4,18 millions à 58,97 millions (plus de dix fois) ;② prix d’exercice très proche du prix d’émission, le prix chez Google (206,58$) dépassant nettement celui d’Amazon (87$).
Mais il existe une différence de fond : Marvell est déjà un fournisseur clé d’Amazon, tandis que pour Google, il s’agit d’une tentative pour “forcer l’entrée” sur le terrain où Broadcom collaborait avec Google sur le TPU depuis dix ans.
En résumé, la coopération Marvell-Nvidia ressemble plus à un partenariat stratégique réciproque, tandis que les accords avec Amazon et Google relèvent surtout de proactivité de Marvell pour obtenir de grands contrats clients.
Quant à la coopération sur le TPU, le marché semble avoir quelques malentendus. Dolphin estime que Marvell a plus de chance de gagner des marchés connexes au TPU, plutôt que le TPU lui-même. Google a déjà choisi le “plan B” MTK sur la base de Broadcom (partenariat de longue date), il sera difficile pour Marvell de conquérir les commandes cœur du TPU à court terme.
Dans le contrat récemment conclu avec Google, Marvell offre déjà des conditions très attractives, espérant ainsi ouvrir la porte à une coopération “custom ASIC” entre Google et Broadcom. Google et Marvell sont déjà partenaires sur Axion CPU, et d’autres puces personnalisées telles que MPU, TPU pourraient suivre.
Du côté de Marvell, l’enjeu principal reste la reconnaissance par de grands clients, avec de gros volumes de commande. L’entreprise est dans une démarche compétitive et proactive. Si les coopérations avec Google se renforcent, il n’est pas impossible de décrocher un jour un important contrat TPU “sans s’en apercevoir”.
- FIN -
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