Après avoir enterré Libra, Meta revient avec une stratégie de stablecoin plus prudente
Mark Zuckerberg n'est pas Michael Saylor, le gourou de MicroStrategy qui accumule du bitcoin comme d'autres le feraient avec des conserves. Le patron de Meta s'en soucie peu. Pourtant, ignorer complètement l'industrie crypto risque de rater un train. Un train en direction de 3 milliards d'utilisateurs potentiels. Ainsi, Meta revient dans la danse des stablecoins. Lentement, prudemment. Avec une leçon gravée dans sa mémoire au fer rouge : ne jamais refaire la même erreur.
En bref
- Meta prépare l'intégration des stablecoins sur Facebook, Instagram et WhatsApp via un partenaire externe.
- Stripe est le candidat favori après l’acquisition de Bridge et l’arrivée de son CEO au conseil d’administration de Meta.
- Contrairement au projet Libra avorté, Meta n’émettra pas sa propre cryptomonnaie cette fois-ci.
- La loi GENIUS Act de 2025 fournit désormais un cadre réglementaire fédéral pour les stablecoins aux États-Unis.
L’échec de Libra hante encore la stratégie stablecoin de Zuckerberg
D’abord, il faut se souvenir du fiasco. En 2019, Meta dévoile Libra, une monnaie globale adossée à un panier de devises. Visa, Mastercard, PayPal, Stripe : tous les grands noms signent. Puis tout s’effondre comme un château de cartes. Les régulateurs américains montrent les dents. Janet Yellen fustige publiquement le projet.
Les partenaires, paniqués, prennent la fuite un à un. En 2022, Diem, le nom de la résurrection, meurt dans l’indifférence générale. Cinq ans plus tard, Meta tente un retour. Mais l’approche a radicalement changé. Une source proche du dossier :
Ils veulent le faire, mais à peine.
Traduction : Meta ne touchera plus à l’émission de stablecoins. Plus jamais. L’entreprise a compris que créer sa propre monnaie, c’est s’exposer seule face aux régulateurs.
Quand les stablecoins rencontrent les super apps, le paysage crypto change
Ensuite, le marché des stablecoins a profondément évolué. En 2019, à l’époque de Libra, ce secteur pesait à peine 1 milliard de dollars. Aujourd’hui, il dépasse confortablement les 300 milliards. Ce n’est plus un créneau réservé aux passionnés de crypto. C’est devenu une industrie à part entière.
La loi GENIUS Act, signée par le Président Trump en juillet 2025, a établi un cadre fédéral clair pour les émetteurs. Des règles existent désormais. Les acteurs peuvent s’y fier sans crainte.
Dans ce nouveau contexte, Stripe, partenaire historique de Meta, a pris une avance considérable. Sa filiale Bridge, acquise pour 1,1 milliard de dollars en octobre 2024, a obtenu une approbation conditionnelle de l’OCC en février 2026. Les rails techniques sont posés, certifiés, régulés. Meta n’a plus qu’à les utiliser pour ses 3 milliards d’utilisateurs.
Le trio Stripe-Bridge-Meta se met en place pour dominer les paiements
Regardons ensuite les hommes et leurs alliances. Patrick Collison, CEO de Stripe, a rejoint le conseil d’administration de Meta en avril 2025. Les pièces du puzzle s’assemblent avec une logique implacable. Meta ne lancera pas son propre stablecoin, contrairement aux rumeurs. Il connectera simplement ses applications à l’infrastructure éprouvée de Stripe.
Les créateurs de contenus, premiers visés, pourront être payés en stablecoins sur Instagram, Facebook et WhatsApp. Fini les commissions qui grignotent leurs revenus. Fini les délais interminables des transferts internationaux. C’est une déclaration de guerre silencieuse mais redoutable.
Elon Musk veut faire de X une super app. Telegram avance ses pions. Mais Meta, avec sa puissance démographique, peut les écraser par les chiffres. Le porte-parole Andy Stone a tenté de calmer le jeu sur X :
Rien n’a changé ; il n’y a toujours pas de stablecoin Meta. Il s’agit de permettre aux individus et aux entreprises d’effectuer des paiements sur nos plateformes avec la méthode de leur choix.
Vrai sur la forme, mais sur le fond, l’infrastructure se met méthodiquement en place.
Le retour discret de Meta en chiffres
- 2019-2022 : Lancement avorté de Libra, mort programmée de Diem ;
- 300 milliards : capitalisation actuelle du marché mondial des stablecoins ;
- 1,1 milliard : prix payé par Stripe pour acquérir Bridge en octobre 2024 ;
- Avril 2025 : Patrick Collison rejoint officiellement le conseil d’administration de Meta ;
- Février 2026 : Bridge obtient l’approbation conditionnelle de l’OCC.
Prendre du retard sur les cryptos était compréhensible il y a cinq ans. Le paysage était flou, les risques incertains. Aujourd’hui, les stablecoins entrent dans les salaires et le quotidien. Le rapport BVNK le confirme : les paiements en stablecoins explosent. Rester les bras croisés face à cette lame de fond ne serait plus de la prudence. Ce serait de la folie. Meta a compris. Qui sera le prochain ?
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